Transformers The Movie propose une expérience assez rare. Urban Comics réunit les deux adaptations en bande dessinée du film d’animation de 1986. La première vient de Marvel et date de la sortie du long-métrage. La seconde fut publiée vingt ans plus tard par IDW. Pourtant, elles racontent presque exactement la même histoire. Alors, que valent ces deux versions ? Laquelle restitue le mieux la puissance du film ? Et cet album possède-t-il un intérêt au-delà de la nostalgie ?
Transformers the Movie : les 5 points essentiels
- Transformers The Movie réunit les adaptations Marvel et IDW.
- La version Marvel conserve plusieurs éléments d’un scénario abandonné.
- Don Perlin livre des dessins datés, mais pleins de charme.
- Don Figueroa propose une relecture plus spectaculaire et fidèle.
- L’album s’adresse surtout aux amoureux des Transformers première génération (G1).

Transformers The Movie chez Marvel : le film avant le film
Marvel publie The Transformers: The Movie en 1986, au moment de la sortie du dessin animé (La Guerre des robots, en France). Ralph Macchio adapte le scénario en seulement trois épisodes. Il doit donc faire entrer un film de 85 minutes dans une soixantaine de pages. Le résultat ressemble parfois à un storyboard très amélioré. Les scènes s’enchaînent vite et les dialogues vont droit au but. Plusieurs transitions disparaissent, tandis que certaines séquences perdent leur ampleur. Cependant, l’essentiel reste là. Unicron dévore Lithone, les Decepticons attaquent Autobot City et Optimus Prime affronte Megatron. La mort du chef des Autobots conserve aussi une vraie force. En revanche, le comics retire Hot Rod de ce combat décisif. Ce changement minuscule modifie totalement notre perception du personnage. Le jeune Autobot ne porte plus la responsabilité indirecte de la mort d’Optimus Prime. Cette différence suffit déjà à rendre la lecture passionnante pour les fans.

Une adaptation Marvel venue d’un autre Cybertron
Cette première version de Transformers The Movie ne repose pas exactement sur le film terminé. Ralph Macchio travaille à partir d’une mouture antérieure du scénario. Plusieurs détails n’avaient donc pas encore trouvé leur forme définitive. La Matrice de Commandement ressemble presque à une pierre. Certains nouveaux Transformers reprennent aussi des designs préparatoires. Surtout, Ultra Magnus subit une mort bien plus brutale. Les Sweeps le mettent littéralement en pièces, comme le prévoyait initialement le script. Le comics permet ainsi d’observer un film encore en chantier. Il montre des idées modifiées pendant la production ou abandonnées avant l’animation finale. C’est sans doute son principal intérêt. Bien sûr, cette particularité ne transforme pas l’ensemble en œuvre méconnue. Pourtant, elle donne au lecteur l’impression de découvrir une réalité alternative. On connaît chaque étape du récit, mais certains événements ne se déroulent plus tout à fait comme prévu.

Don Perlin : des Transformers cabossés mais vivants
Les dessins de Don Perlin risquent de surprendre les lecteurs habitués aux productions modernes. Son trait paraît rugueux, parfois maladroit. Les robots manquent souvent de précision et certaines expressions semblent difficiles à lire. Pourtant, ces défauts finissent presque par devenir attachants. Don Perlin donne une étonnante souplesse aux corps mécaniques. Ses Transformers bougent, chargent et s’écrasent avec une énergie très physique. La destruction de Lithone possède notamment une véritable intensité. L’artiste restitue bien la panique de Kranix face à Unicron. En revanche, la bataille d’Autobot City souffre davantage des coupes imposées par le format. Les combats gagne en lisibilité, mais perdent la démesure du long-métrage. Les encrages épais renforcent encore l’aspect massif des personnages. Visuellement, cette adaptation accuse donc son âge. Elle conserve malgré tout une personnalité que l’on ne retrouve pas dans la version suivante.

Transformers The Animated Movie : IDW repeint la carrosserie
En 2006, IDW célèbre les vingt ans du film avec une nouvelle adaptation en quatre épisodes. Bob Budiansky connaît parfaitement cet univers. Il avait largement participé à la création des personnages chez Marvel dans les années 1980. Cette fois, l’auteur dispose d’un numéro supplémentaire. Le récit respire donc un peu mieux. Plusieurs transitions deviennent plus naturelles, même si l’ensemble reste très compressé. Il faudrait sans doute deux fois plus de pages pour restituer chaque moment du dessin animé. Pourtant, cette nouvelle version suit beaucoup plus fidèlement le montage définitif. Elle corrige notamment les différences présentes dans le comics Marvel. Le lecteur retrouve ainsi le parcours familier de Hot Rod, Kup et des Dinobots. La disparition d’Optimus Prime demeure le véritable cœur émotionnel du récit. Malheureusement, le papier ne peut reproduire les voix ni la musique de Vince DiCola. Sans elles, certaines scènes perdent forcément une partie de leur puissance.

Don Figueroa remet les robots à neuf
Don Figueroa offre à Transformers The Movie une spectaculaire révision graphique. Son style précis respecte les apparences des personnages tout en modernisant leur mécanique. Chaque plaque métallique semble pensée pour accompagner les mouvements. Les transformations paraissent donc crédibles, même dans une image fixe. Cette maîtrise fait merveille pendant les batailles spatiales ou l’attaque d’Unicron. Josh Burcham accompagne ces planches avec des couleurs lumineuses, proches de l’identité visuelle du dessin animé. Pourtant, cette fidélité possède aussi une limite. La version IDW semble parfois trop propre. Elle reproduit efficacement les images du film, mais peine à développer une personnalité indépendante. Don Figueroa impressionne davantage que Don Perlin. En revanche, il surprend moins. La comparaison entre les deux artistes résume finalement tout l’intérêt de l’album. D’un côté, nous trouvons une adaptation imparfaite et historiquement fascinante. De l’autre, IDW propose une transposition élégante, immédiatement accessible et beaucoup plus respectueuse du film terminé.

Deux adaptations à la recherche d’un rythme
Les deux versions affrontent le même adversaire : le rythme. Le film avance déjà à une vitesse folle. Il présente de nouveaux héros, élimine les anciennes vedettes et bouleverse complètement l’équilibre de la série. Une adaptation en trois ou quatre épisodes ne peut pas absorber tout ce matériel. Ralph Macchio sacrifie donc plusieurs passages. Bob Budiansky conserve davantage de scènes, mais les événements continuent de défiler très rapidement. Les dialogues deviennent parfois mécaniques, comme si chaque personnage devait réciter sa réplique avant de quitter la page. Par ailleurs, l’absence de mouvement pénalise les grandes scènes d’action. Aucun dessin ne remplace complètement l’arrivée d’Optimus Prime sur le champ de bataille. Heureusement, le choix de réunir les deux mini-séries donne du sens à ces limites. Le lecteur ne cherche plus seulement à revivre le film. Il compare deux époques et deux méthodes pour transformer une œuvre animée en bande dessinée.

Une traduction française qui assume la nostalgie
Urban Comics fait un choix intéressant pour cette première publication française. La traduction conserve plusieurs noms et formulations employés dans la version française du film de 1986. Certains termes ne correspondent donc plus aux traductions actuelles : Decepticanes, Cradoc, etc. Ce parti pris pourra déconcerter les lecteurs qui ont découvert les Transformers plus récemment. En revanche, il parlera immédiatement à ceux qui ont connu le film. L’éditeur renforce ainsi la dimension patrimoniale de l’album. Cette approche paraît cohérente avec le contenu. Transformers The Movie ne cherche pas à moderniser artificiellement les années 1980. Il célèbre une œuvre devenue culte et montre comment deux générations d’auteurs l’ont interprétée. La version IDW s’est montré plus fidèle au long-métrage, mais la traduction crée un lien direct entre les deux époques. On retrouve presque les voix du doublage français en lisant certaines bulles.

Transformers The Movie : faut-il acheter l’album d’Urban Comics ?
Transformers The Movie s’adresse d’abord aux fans de la première heure. Ceux qui connaissent le dessin animé par cœur prendront plaisir à traquer chaque différence. La mini-série Marvel offre le contenu le plus curieux. Ses dessins ont vieilli et son scénario court parfois beaucoup trop vite. Pourtant, elle dévoile une version alternative du film, issue d’un script encore inachevé. L’adaptation IDW se montre plus belle et plus fidèle. Don Figueroa signe des planches impressionnantes, même si elles restent dans l’ombre du dessin animé. Un nouveau lecteur risque donc de préférer regarder directement le long-métrage. En revanche, un passionné trouvera ici un remarquable document historique. Urban Comics ne publie pas simplement deux fois la même histoire. L’éditeur permet d’observer comment Transformers The Movie a traversé vingt années de comics. Rien que pour cette comparaison, l’album mérite sa place dans une collection consacrée aux robots de Hasbro.

Transformers the Movie est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : The Transformers : The Movie #1 à 3 et The Transformers : The Animated Movie #1 à 4.